La chaleur et le corps humain
Le corps humain maintient sa température interne autour de 37 °C grâce à un système de régulation thermique sophistiqué. Par temps chaud, cet équilibre repose principalement sur la transpiration : en s’évaporant sur la peau, la sueur dissipe la chaleur et abaisse la température corporelle. Ce mécanisme fonctionne bien tant que la chaleur reste gérable et que le corps dispose d’eau en quantité suffisante.
Lors d’une canicule, ce système peut être dépassé. Lorsque la température ambiante est proche ou supérieure à la température corporelle, la dissipation de chaleur par convection (air ambiant plus frais) ne fonctionne plus. Si l’humidité de l’air est élevée, l’évaporation de la sueur est également compromise. Le corps commence alors à accumuler de la chaleur, et la température interne monte. C’est ce déséquilibre qui provoque les pathologies liées à la chaleur, du simple coup de chaleur bénin jusqu’au coup de chaleur grave, urgence médicale absolue.
Les premiers signes d’alerte à ne pas ignorer
Avant le coup de chaleur, le corps envoie des signaux d’avertissement. Les reconnaître permet d’agir à temps et d’éviter une aggravation rapide.
Les crampes musculaires sont souvent le premier signe. Elles touchent généralement les jambes, le ventre ou les bras et sont causées par la perte de sels minéraux (sodium, potassium) dans la sueur. Elles surviennent surtout chez les personnes qui pratiquent un effort physique par temps chaud.
L’épuisement dû à la chaleur se manifeste par une fatigue intense, des vertiges, une sensation de faiblesse générale, des maux de tête et des nausées. La peau est souvent fraîche et moite, et la personne transpire abondamment. La pression artérielle peut baisser, provoquant des étourdissements lors du lever. À ce stade, la personne est encore consciente et peut agir pour se rafraîchir.
Les signes de déshydratation accompagnent souvent l’épuisement par la chaleur : bouche sèche, soif intense, urine de couleur foncée (jaune ambré ou marron), maux de tête, difficultés à se concentrer. Une urine presque incolore ou de couleur jaune pâle est la meilleure preuve d’une hydratation correcte.
Le coup de chaleur : une urgence médicale
Le coup de chaleur véritable (hyperthermie majeure) est une urgence médicale. Il se distingue de l’épuisement par la chaleur par deux critères essentiels : la température corporelle dépasse 40 °C, et les fonctions neurologiques sont perturbées.
Les signes caractéristiques du coup de chaleur comprennent :
- Une peau chaude et sèche : contrairement à l’épuisement par la chaleur où la personne transpire encore, dans le coup de chaleur grave le mécanisme de transpiration peut s’épuiser ou dysfonctionner. La peau devient rouge, sèche et brûlante au toucher.
- Une confusion mentale : la personne peut avoir des propos incohérents, sembler désorientée, ne plus reconnaître ses proches, ou avoir du mal à répondre aux questions simples.
- Des troubles de la conscience : somnolence excessive, difficultés à rester éveillé, puis perte de connaissance dans les cas graves.
- Des convulsions : dans les formes sévères, des crises convulsives peuvent survenir.
- Des vomissements qui aggravent la déshydratation.
La température corporelle mesurée par voie rectale (la plus fiable en urgence) dépasse 40 °C, parfois 41 °C ou plus.
Quand appeler le 15 (SAMU) ?
Appelez immédiatement le 15 (SAMU) si une personne présente l’un des signes suivants lors d’une période de chaleur intense :
- Confusion, désorientation, propos incohérents
- Perte de connaissance, même brève
- Convulsions
- Température corporelle supérieure à 40 °C (mesurée si possible)
- Peau chaude, rouge et sèche (absence de transpiration par forte chaleur)
- Refus de boire alors que la personne est déshydratée et ne peut avaler
En attendant les secours, les gestes à effectuer sont les suivants : mettre la personne à l’ombre ou dans un endroit frais, la déshabiller partiellement ou entièrement, l’asperger ou l’envelopper dans un drap mouillé d’eau fraîche (pas glacée), et l’éventer. Ne donnez pas de médicaments pour faire baisser la fièvre (paracétamol, aspirine) : ils ne sont pas efficaces sur l’hyperthermie d’origine externe et peuvent même être dangereux dans ce contexte.
La déshydratation chez les personnes âgées et les nourrissons
Chez les personnes âgées, le mécanisme de la soif est souvent émoussé : elles ne ressentent pas le besoin de boire même quand leur corps manque d’eau. Une déshydratation peut s’installer progressivement sans que la personne en soit consciente. Les premiers signes — langue sèche, yeux creux, pli cutané persistant (la peau pincée met du temps à se remettre en place) — peuvent passer inaperçus.
Chez les nourrissons, la déshydratation se manifeste par une fontanelle enfoncée (la zone molle au sommet du crâne), une absence de larmes lors des pleurs, des couches restant sèches pendant plus de 6 à 8 heures, et une grande fatigue ou irritabilité. Toute suspicion de déshydratation chez un nourrisson justifie une consultation médicale urgente.
Le rôle de l’entourage
Reconnaître les signes précoces de la chaleur chez un proche est crucial, car les personnes les plus vulnérables (personnes âgées, personnes atteintes de maladies chroniques, personnes sous certains traitements médicamenteux) peuvent ne pas ressentir ou ne pas exprimer leur malaise. L’entourage doit régulièrement vérifier l’état de bien-être des personnes vulnérables pendant les vagues de chaleur : leur proposer à boire, vérifier la température de leur logement, et s’assurer qu’elles ne présentent aucun des signes décrits ci-dessus.
Santé Publique France publie des recommandations actualisées sur son site santé.fr, et le numéro vert 0 800 06 66 66 (numéro national canicule info) permet d’obtenir des conseils gratuits en cas de doute.